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400 kilomètres pour dire à une élève brisée : « Tu n’es pas seule »


Hicham TOUATI 

Un geste d’humanité a franchi les quatre cents kilomètres qui séparent Fès de Tanger. Alors qu’elle s’apprêtait à prononcer un mot d’ouverture dans un forum national, Ouafae CHAKIR, directrice de l’Aref Tanger-Tétouan Al Hoceima a choisi, sans hésitation, de répondre à la détresse d’une adolescente fauchée sur un trottoir.
 

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L’accident avait eu lieu quelques jours plus tôt. Malak, une lycéenne de dix-sept ans inscrite en première année de baccalauréat au lycée qualifiant Sidi Idriss, à Tanger, s’était rendue en fin de journée sur la route de Rabat pour photocopier des cours. Un véhicule tout-terrain l’avait brutalement percutée alors qu’elle se tenait sur le trottoir. Le bilan médical fut lourd : fractures multiples, bassin brisé et un premier certificat médical établissant une incapacité temporaire de quatre-vingt-dix jours. En raison de son état qui l’empêchait de se lever, le chef du service des accidents de la circulation, instruit par le Wali de la Sûreté de Tanger, s’était lui-même déplacé à son domicile pour recueillir sa déposition.

La Directrice de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma se trouvait à Fès pour le Forum national des inspecteurs de l’éducation. Elle devait y prononcer l’allocution d’ouverture. À l’instant où la nouvelle de l’accident lui parvint, elle donna instruction au directeur provincial de Tanger de joindre immédiatement la mère de l’élève et de s’enquérir avec sollicitude de l’état de santé de Malak. Deux jours plus tard, elle se tenait elle-même au chevet de la jeune fille, accompagnée de ce même directeur provincial.

Au moment de la visite, l’élève était plongée dans un sommeil profond, conséquence des traitements et de la fatigue. Ce fut donc sa mère et ses grands-parents qui reçurent les deux responsables. Les mots furent sobres et réconfortants. La directrice assura que toutes les mesures pédagogiques seraient activées pour que Malak ne perde pas son année scolaire et qu’elle puisse passer l’examen régional dans des conditions parfaitement adaptées à son état critique. « Quand elle m’a dit cela, j’ai senti un poids immense se soulever », raconte la mère avec émotion. « Voir une responsable de ce rang et un directeur provincial se déplacer un week-end pour ma fille, c’est la preuve la plus éclatante que nos enfants ne sont pas des dossiers anonymes. »

Lorsque Malak s’éveilla et apprit qui était venu s’asseoir à son chevet pendant son sommeil, une joie mêlée d’incrédulité illumina son visage. « Je n’arrivais pas à y croire. La directrice de l’académie et le directeur provincial étaient là, chez moi, pour moi. Cela m’a donné une énergie nouvelle. Je me suis dit que si des personnes si haut placées s’intéressent à mon avenir, je dois me battre de toutes mes forces pour guérir et pour réussir mes examens. »

Dans le quartier, la nouvelle de cette visite a circulé rapidement, suscitant une gratitude profonde. Les voisins, les commerçants et les parents d’élèves ne tarissaient pas d’éloges. « Voilà des responsables qui ne restent pas collés à leur bureau », entendait-on partout. « Ils sont à l’écoute, ils se déplacent, ils agissent quand nos enfants ont besoin d’eux. »

La grand-mère de Malak, le regard embué d’émotion, a tenu à adresser un message direct à Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports. « Que Monsieur le Ministre sache à quel point nous sommes heureux et reconnaissants. Madame Ouafae Chakir est une directrice qui écoute, qui réagit sans perdre une minute. Voilà le genre de responsables qu’il nous faut, ceux qui méritent vraiment leur poste. Franchement, cette visite nous redonne confiance en l’école publique. Moi, la grand-mère de Malak, je remercie Monsieur le Ministre d’avoir fait le bon choix en plaçant ces personnes à ces postes de responsabilité. »

Ce déplacement d’un jour à l’autre, de Fès à Tanger, rappelle avec élégance que le service public ne se mesure pas seulement à la qualité des circulaires et des discours. Il se prouve aussi, et peut-être surtout, par ces visites silencieuses où une main tendue, une parole ferme et rassurante, suffisent à restaurer l’espoir. Au chevet d’une adolescente endormie, c’est l’honneur d’une institution tout entière qui s’est invité, sans bruit, pour lui dire qu’elle n’est pas oubliée.

Région
Tanger - Tétouan - Al Hoceima
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