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À Fès, l’honneur rendu au courage : la réponse immédiate de Abdellatif Hammouchi après le drame

Hicham TOUATI 

Il est des décisions qui, par leur rapidité autant que par leur portée, disent la solidité d’une institution et la fidélité de son commandement à celles et ceux qui la servent. À Fès, après qu’un policier a été grièvement blessé dans un acte de violence délibérée alors qu’il accomplissait sa mission sur la voie publique, la réaction de Abdellatif Hammouchi a pris la forme d’un geste fort, à la fois protecteur, symbolique et profondément révélateur d’une certaine idée du devoir d’État.

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Le communiqué est sans équivoque. À la suite de l’accident survenu le 30 mars 2026, lorsqu’un fonctionnaire de police relevant de la préfecture de police de Fès a été victime d’un acte volontaire de percutement de la part d’un usager de la route, le directeur général de la sûreté nationale et de la surveillance du territoire a décidé de lui accorder une promotion exceptionnelle de grade. Cette mesure, prise dans l’immédiateté du choc et de ses conséquences, ne relève pas seulement d’une procédure interne ; elle traduit une posture de commandement, une manière d’affirmer publiquement que le sacrifice consenti dans l’exercice du devoir ne saurait être abandonné au silence administratif.

Le policier blessé, désormais promu au grade supérieur, est ainsi distingué pour son sens élevé du professionnalisme, pour l’ampleur du sacrifice enduré, mais aussi pour l’esprit de dévouement dont il a fait preuve au moment même où il assurait ses missions à un point de contrôle routier. À travers cette reconnaissance, l’institution souligne que les gestes accomplis chaque jour sur le terrain, si ordinaires en apparence, peuvent soudain prendre la dimension du courage le plus pur lorsque le danger surgit.

L’attitude de l’agent mérite, en effet, une lecture attentive. Il ne se trouvait ni dans un acte spectaculaire ni dans une opération d’exception, mais dans l’accomplissement méthodique d’une mission réglementaire au service de l’ordre public. C’est précisément là que réside la noblesse de son comportement. Il y a, dans cette présence au poste, dans cette vigilance maintenue au contact du risque, une forme de fidélité silencieuse à la fonction policière. Le drame qu’il a subi rappelle avec force que la sécurité quotidienne repose souvent sur des agents exposés, dans l’anonymat des rues, à des violences soudaines et brutales.

Le docteur S. E., médecin hospitalier, estime que « dans ce type de situation, la gravité des blessures ne se mesure pas uniquement à l’atteinte physique. Il y a aussi la violence du choc, la brutalité de l’événement, le contexte d’exercice professionnel. Lorsqu’un agent est frappé en pleine mission, l’accompagnement médical doit tenir compte de la dimension humaine et morale du traumatisme ». Son regard rappelle que derrière la décision hiérarchique se trouve d’abord un homme meurtri dans sa chair, atteint alors même qu’il servait.

Pour la professeure N. B., universitaire spécialiste des questions de service public, la décision prise par Abdellatif Hammouchi possède une portée institutionnelle majeure : « Une réaction aussi rapide signifie que l’institution ne dissocie pas l’autorité de la responsabilité. Elle demande à ses agents rigueur, présence et courage ; en retour, elle leur doit protection, considération et reconnaissance. C’est cette réciprocité qui fonde la crédibilité d’un grand corps de l’État. » L’analyse est éclairante : cette promotion exceptionnelle n’est pas seulement un hommage individuel, elle participe d’une culture institutionnelle où l’exemplarité du commandement renforce la cohésion des rangs.

Maître Y. A. L., avocat au barreau de Fès, insiste pour sa part sur la portée civique d’une telle décision : « Lorsqu’un agent de police est visé pendant l’exercice de ses fonctions, c’est l’autorité publique dans ce qu’elle a de plus concret qui est atteinte. Réagir avec célérité, ce n’est pas simplement réparer symboliquement ; c’est réaffirmer que l’État protège ceux qui protègent les citoyens. » Dans cette lecture, la promotion exceptionnelle prend une valeur qui dépasse le cas particulier : elle devient un message adressé à l’ensemble de la société.

L’attitude de Abdellatif Hammouchi apparaît ainsi sous un double jour. Elle est d’abord celle d’un responsable qui prend acte, sans délai, du prix humain payé par l’un de ses agents. Elle est ensuite celle d’un chef d’institution soucieux d’inscrire la reconnaissance dans un acte concret, visible, irréfutable. En promouvant le policier blessé, il ne se contente pas d’exprimer une solidarité de principe ; il donne à cette solidarité une traduction statutaire, honorifique et morale. C’est là une manière forte de rappeler que le service de la sécurité nationale ne saurait être pensé sans une attention réelle à celles et ceux qui en portent les exigences sur le terrain.

Le communiqué insiste d’ailleurs sur ce point avec netteté : cette promotion reflète l’attention particulière accordée par l’institution à ses fonctionnaires et le haut degré d’estime réservé aux lourds sacrifices consentis par les femmes et les hommes de la police au service de la patrie et de la sécurité des citoyens. Tout est dit. L’événement, aussi douloureux soit-il, se transforme par cette décision en affirmation d’un principe supérieur : le dévouement n’est pas oublié, le courage n’est pas laissé sans réponse, et l’engagement des agents trouve, dans l’institution, une reconnaissance à la mesure des risques affrontés.

Cette affaire laisse ainsi une impression profonde. Elle rappelle la vulnérabilité réelle des policiers dans l’exercice de missions que l’on croit parfois routinières ; elle montre aussi qu’une institution se juge à la manière dont elle répond à l’épreuve. En choisissant d’honorer immédiatement l’agent blessé, Abdellatif Hammouchi a posé un acte qui relève à la fois de la justice morale, de l’autorité assumée et de la fidélité envers les serviteurs de l’État. Au-delà du fait divers, c’est une certaine conception du commandement public qui se dessine ici : une autorité qui exige, certes, mais qui sait aussi reconnaître, protéger et élever.

Région
Fez - Meknès
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