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Poésie, peinture, savoir : Dhar El Mehraz au rythme des humanités portées par le CREDIF

Hicham TOUATI 

Dans l’amphithéâtre Al Quaraouiyine de la Faculté des Lettres Dhar El Mehraz, la pluie de janvier n’a pas dissuadé les esprits. Chercheurs confirmés, jeunes doctorants et étudiants de master s’y sont retrouvés pour penser l’art comme une forme exigeante de connaissance. Autour du parcours poétique et pictural de Monssef Sedki Alaoui, l’université marocaine a affirmé, le temps d’une journée d’études, sa volonté de faire dialoguer création, savoir et avenir.
 

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Il fallait braver la pluie et le froid pour rejoindre, dès neuf heures du matin, la salle des conférences Al Quaraouiyine à Dhar El Mehraz. Le pari était pourtant largement tenu : la salle était comble, animée par une présence massive d’étudiants de master et de doctorants, de chercheurs confirmés et d’invités venus de plusieurs universités. Ce samedi 17 janvier 2026, l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, à travers le laboratoire CREDIF, et l’Université Hassan II de Casablanca, via l’équipe de recherche Didactique, Arts et Littératures (DALI), donnaient à voir une université en pleine effervescence intellectuelle, en consacrant une journée d’études au parcours poétique et pictural du professeur Monssef Sedki Alaoui, sous le titre évocateur Ut pictura poesis.

Présidant la séance d’ouverture, le président de l’USMBA, IJJAALI , n’a pas dissimulé sa satisfaction. Il s’est dit « particulièrement heureux » de constater que, « même un samedi et malgré le mauvais temps, les structures de recherche travaillent et les étudiants répondent présents ». Pour lui, cette affluence traduit un attachement profond à la recherche scientifique et une confiance renouvelée dans le rôle de l’université comme lieu de production du sens. Accueillant chaleureusement le professeur Monssef Sedki Alaoui, il a tenu à saluer l’engagement du doyen de la Faculté et de l’ensemble de son personnel, avant de rendre hommage au dynamisme du laboratoire CREDIF, qu’il a qualifié de moteur de l’animation scientifique de l’université.

Dans son mot d’ouverture, prononcé dans le contexte symbolique du cinquantenaire de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, le doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Dhar El Mehraz a replacé cette rencontre dans une perspective institutionnelle et culturelle de long terme. Il a rappelé que la référence horatienne Ut pictura poesis n’est pas une simple formule savante, mais l’affirmation d’un principe esthétique majeur : la profonde parenté entre poésie et peinture, entre le mot et l’image. Une clé de lecture particulièrement féconde pour appréhender l’œuvre de Monssef Sedki Alaoui, dont le parcours conjugue création artistique, réflexion théorique et quête spirituelle, tout en ouvrant des passerelles durables entre les disciplines.

Le directeur du laboratoire CREDIF, le professeur Chakib Tazi, a quant à lui insisté, dans un niveau de langue arabe soutenu, sur la portée scientifique de cette journée. Interroger une œuvre à la croisée de la poésie et des arts plastiques, a-t-il souligné, revient à répondre aux exigences d’un temps marqué par l’accélération des mutations numériques et la porosité croissante entre les champs du savoir. L’université qu’il défend, a-t-il rappelé, repose sur la production d’idées nouvelles, l’ancrage d’une pensée critique exigeante et la formation d’étudiants capables de devenir des acteurs créatifs, libres et responsables dans une société de la connaissance en constante recomposition.

Invité d’honneur de cette rencontre, le professeur Monssef Sedki Alaoui a livré, à Maglor, un témoignage empreint de retenue et de gratitude. Il a confié avoir vécu cette journée comme un moment rare de reconnaissance, saluant l’attention portée à son œuvre poétique et picturale, mais aussi à ses écrits scientifiques. Plus encore, il s’est dit touché par l’engagement des chercheurs et des étudiants dans une réflexion critique plurielle, voyant dans cette initiative le signe d’une université marocaine désormais ouverte aux grandes approches internationales de la recherche, où l’art et la littérature occupent une place centrale dans la formation du chercheur et du citoyen.

Les différents panels ont ensuite offert une lecture riche et nuancée de cette œuvre singulière, mobilisant la sémiotique, la sociologie de l’art, la philosophie, l’histoire culturelle et la didactique. De l’intermédialité à la transmodalité, d’Essaouira comme matrice culturelle à l’art envisagé comme voie spirituelle et levier de résilience, les échanges ont témoigné d’une rare densité intellectuelle. La participation attentive et active des étudiants, nombreux à intervenir dans le débat, a donné à cette journée une dimension pédagogique forte, confirmant la vitalité d’une nouvelle génération de chercheurs.

Au terme de cette rencontre, une évidence s’imposait : loin d’être un luxe ou un simple ornement, l’art s’affirme, à Fès, comme un mode de pensée à part entière. En consacrant une journée d’études à l’alliance du verbe et de l’image, l’université marocaine a rappelé que la création artistique demeure l’un des chemins les plus sûrs pour interroger le monde, en éclairer les fractures et en esquisser les possibles. Une ambition qui, à l’image de cette journée, ne demande qu’à se prolonger.

Région
Fez - Meknès
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