Hicham TOUATI
À travers une série d’entretiens de haut niveau tenus à Rabat, le Maroc confirme la centralité croissante de ses services de sécurité dans les dynamiques de coopération internationale. Entre transferts d’expertise, projection stratégique et consolidation de partenariats Sud-Sud et transcontinentaux, ces échanges traduisent une diplomatie sécuritaire en pleine maturation.
À Rabat, la rencontre entre Abdellatif Hammouchi, directeur général de la sûreté nationale et de la surveillance du territoire, et son homologue libérien Gregory Coleman, accompagné de l’ambassadeur de Libéria, dépasse de loin le protocole diplomatique classique. Elle s’inscrit dans une dynamique plus profonde : celle d’un Maroc devenu, en l’espace de deux décennies, un acteur de référence en matière de sécurité et de lutte contre les menaces transnationales.
À l’origine de cette visite, une demande explicite des autorités libériennes : s’inspirer d’un modèle marocain désormais reconnu pour son efficacité opérationnelle et sa capacité d’anticipation. Le regard se tourne notamment vers le Bureau central d’investigations judiciaires, dont l’expertise en matière de lutte contre le terrorisme est régulièrement saluée sur la scène internationale, ainsi que vers les dispositifs de la police judiciaire marocaine dans le démantèlement des réseaux criminels. À cela s’ajoute un intérêt marqué pour les avancées marocaines dans la police scientifique et technique, domaine clé dans la modernisation des appareils sécuritaires contemporains.
Ce déplacement illustre un glissement significatif dans les rapports de coopération : le Maroc ne se contente plus d’être un partenaire, il devient un pôle d’attraction et de formation pour des pays en quête de structuration sécuritaire. Le projet de signature d’un mémorandum d’entente, prévu à l’occasion du 70ᵉ anniversaire de la Direction générale de la sûreté nationale en mai 2026, traduit cette volonté de formaliser une coopération durable, fondée sur le transfert de savoir-faire et l’accompagnement institutionnel.
Plus largement, cette séquence diplomatique s’inscrit dans une stratégie marocaine assumée de rayonnement sécuritaire, particulièrement en direction du continent africain. Dans un contexte où les défis sécuritaires: terrorisme, criminalité organisée, cybermenaces, se globalisent, Rabat mise sur une approche partenariale fondée sur la mutualisation des expériences et la montée en compétence des partenaires. Cette orientation conforte la position du Royaume comme acteur pivot dans l’architecture sécuritaire régionale et continentale.
La réception, le même jour, de l’ambassadeur d’Indonésie, Yuyu Sutisna, vient élargir cette lecture. Au-delà de l’Afrique, le Maroc projette désormais son expertise vers l’Asie du Sud-Est, signe d’une diplomatie sécuritaire qui se mondialise. Les discussions autour de l’activation des accords bilatéraux et de la préparation d’un cadre de coopération renforcé témoignent d’une convergence d’intérêts face à des enjeux communs, notamment en matière de sécurité intérieure et de lutte contre les réseaux transnationaux.
Ces rencontres successives traduisent une constante : la capacité du Maroc à inscrire ses services de renseignement et de sécurité dans une logique d’influence discrète mais structurée. Loin des effets d’annonce, c’est par la crédibilité opérationnelle et la confiance accumulée que Rabat consolide son statut d’acteur incontournable. À cet égard, la figure d’Abdellatif Hammouchi incarne cette continuité stratégique, alliant rigueur institutionnelle et ouverture internationale.
Reste que cette montée en puissance soulève également des enjeux : celui de la pérennisation de ces partenariats dans un environnement géopolitique mouvant, et celui de l’équilibre entre coopération sécuritaire et souveraineté des États partenaires. Mais pour l’heure, le Maroc semble avoir trouvé une voie singulière, fondée sur le partage d’expertise plutôt que sur l’imposition de modèles.
À mesure que s’élargit le cercle de ses partenaires, Rabat s’affirme comme un laboratoire d’une diplomatie sécuritaire du XXIᵉ siècle, où l’influence se construit moins par la démonstration de force que par la diffusion maîtrisée du savoir. Une trajectoire qui, sans doute, continuera de redessiner les contours de sa présence sur la scène internationale.