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www.pressescolaire.com : Quand la plume des élèves de Fès-Meknès écrit l'histoire de l'école marocaine


Maglor Fès-Meknès

Depuis le 29 octobre 2025, une plateforme unique en son genre illumine le paysage éducatif de la région Fès-Meknès. Le site www.pressescolaire.com, né de l'audace d'un enseignant visionnaire et de la passion de centaines d'élèves-journalistes, a publié en à peine plus de quatre mois 77 articles qui racontent l'école autrement. Bien plus qu'un simple club de journalisme, c'est une véritable rédaction scolaire qui s'est imposée comme un modèle inédit à l'échelle nationale, portée par une mission essentielle : redonner à l'école publique ses lettres de noblesse.

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Une naissance sous le signe de la contre-offensive médiatique

La presse scolaire de Fès-Meknès n'est pas née d'un simple caprice pédagogique. Elle puise ses racines dans un constat amer que Hicham Touati, son fondateur, a fait très tôt : l'école marocaine est trop souvent maltraitée dans les médias. Quand on parle d'elle, c'est rarement pour en dire du bien. Les élèves sont caricaturés, diabolisés parfois, réduits à des stéréotypes qui ne correspondent pas à la réalité du terrain. L'école publique, pilier de la Nation, se voit affublée d'une image ternie, déformée, éloignée de ce qu'elle est vraiment.

Pire encore : à chaque session du baccalauréat, des médias s'ingénient à chercher le sensationnel plutôt que la vérité. On guette l'incident, on grossit l'anecdote, on transforme l'exception en règle. La une se nourrit du négatif, et l'image de toute une génération d'élèves et de professeurs en sort meurtrie.

Face à ce déferlement, une évidence s'est imposée : il fallait une voix pour dire l'école autrement. Une voix qui montre les belles initiatives, les actions louables, le travail acharné des enseignants, l'application des élèves, les sacrifices consentis, et aussi l'apport constant de l'État pour faire progresser l'enseignement public.
Cette voix, ce serait celle des premiers concernés : les élèves eux-mêmes.


Une genèse fassie : l'histoire d'une conviction

Tout commence en 2018, dans l'enceinte du lycée qualifiant Ibn Arabi à Fès. Hicham Touati, ancien directeur de publication de Maroc24, et rédacteur en chef du journal électronique Almaghribia24, décide d'y implanter un club de presse scolaire. À l'époque, l'initiative paraît modeste : quelques élèves motivés, des carnets de notes, l'envie de raconter la vie de leur établissement. Mais derrière cette apparente simplicité se cache déjà une conviction profonde : donner la parole aux élèves pour restaurer l'image de l'école publique, la montrer sous son vrai jour, celui du travail et de l'excellence.

Deux années de tâtonnements, de succès et d'apprentissages aboutissent, en 2020, à une reconnaissance institutionnelle. Hicham Touati réussit un concours de presse scolaire et se voit nommé professeur de presse scolaire au centre d'épanouissement Oum Aymen. C'est le premier maillon d'une chaîne qui ne cessera de s'allonger.

Très vite, l'enseignant comprend que la presse scolaire ne peut vivre uniquement entre les murs d'un établissement. Il crée alors une rubrique dédiée sur son site Universitatv, offrant une vitrine numérique aux productions de ses élèves. Des centaines d'articles voient le jour, couvrant les événements des établissements de Fès, de l'Académie régionale d'éducation et de formation (AREF) de Fès-Meknès, et même de la scène nationale. Parallèlement, une chaîne YouTube se remplit de capsules vidéo, fixant sur la toile les moments forts de la vie scolaire de la région.

Mais l'ambition de Hicham Touati va plus loin. Il rêve d'un espace exclusivement consacré à cette parole juvénile, indépendant, professionnel et pérenne. Un espace qui deviendrait le contre-champ des représentations médiatiques dominantes.

29 octobre 2025 : la naissance d'un média scolaire

Ce jour-là, www.pressescolaire.com voit le jour. Le site n'est pas une simple vitrine : c'est une rédaction à part entière, animée par des élèves-journalistes formés, encadrés et guidés par leur mentor. Dès le premier article, le ton est donné : « Fès-Meknès rouvre les portes de l'école à ses professeurs retraités : une initiative qui suscite respect et espoir » – un sujet fort, qui mêle éducation, mémoire et transmission, et qui montre une école qui innove, qui valorise ses anciens, qui construit l'avenir en s'appuyant sur l'expérience. Le même jour, la version arabe paraît, affirmant d'emblée la dualité linguistique qui deviendra la marque de fabrique du site.

En quatre mois et demi, 77 articles sont publiés, soit une moyenne de 17 par mois. Un rythme soutenu, presque professionnel, qui témoigne d'une organisation rodée et d'un engagement sans faille. Mais au-delà du chiffre, c'est la régularité qui impressionne : aucune semaine ne se passe sans une nouvelle publication, et les pics de production coïncident avec les grands événements régionaux et nationaux, comme la CAN 2025 ou les inondations de janvier.

Chaque article est une pierre apportée à l'édifice d'une contre-narration : celle d'une école vivante, dynamique, innovante, où des élèves talentueux côtoient des professeurs dévoués, dans un cadre soutenu par des institutions qui œuvrent pour la réussite de tous.


Des thèmes qui embrassent le monde

Lire pressescolaire.com, c'est plonger dans un kaléidoscope de sujets qui dépasse très largement le cadre traditionnel des journaux d'établissement. Les élèves-journalistes abordent :

· L'éducation et la pédagogie : le retour des professeurs retraités, les salons éducatifs, les internats créatifs, l'innovation didactique.
· La sécurité et la citoyenneté : campagnes de prévention contre la drogue, sécurité routière, lutte contre les rumeurs, coopération avec les forces de l'ordre.
· Le sport et les compétitions : la CAN 2025, la Coupe arabe, les exploits des équipes scolaires, le marathon spirituel de Fès.
· La diplomatie et les grands événements : la victoire diplomatique sur le Sahara, l'élection du Maroc au Conseil exécutif de l'UNESCO, la visite de responsables du FBI, les commémorations du 11 novembre.
· L'environnement et le développement durable : l'obtention du drapeau vert, les inondations et la solidarité, les innovations écologiques.
· Les technologies et la robotique : la première Coupe d'Afrique de robotique à Fès, les formations à l'intelligence artificielle.
· La culture et la société : la fête de la langue française, des hommages à des figures éducatives, des créations artistiques.

Cette diversité montre que les élèves ne sont pas de simples reporters : ils sont des acteurs de la vie civique, capables de poser un regard critique et sensible sur l'actualité. Ils ne se contentent pas de relater ; ils analysent, questionnent, et parfois même alertent, comme dans les articles consacrés aux rumeurs ou aux risques d'inondation. Mais toujours avec cette volonté de mettre en lumière ce qui fonctionne, ce qui mérite d'être salué, ce qui peut inspirer d'autres établissements.

Un rayonnement international : quand les élèves-journalistes rencontrent les grands de ce monde

Ce qui distingue fondamentalement l'expérience de Fès-Meknès des clubs de journalisme ordinaires, c'est la dimension diplomatique et internationale qu'elle a su acquérir au fil des ans. Bien avant la création du site dédié, les élèves-journalistes avaient déjà franchi les portes de l'école pour aller à la rencontre des décideurs et des représentants de la communauté internationale.

Au fil des années, ils ont interviewé d'anciens ministres de l'Éducation nationale, mais aussi des responsables de secteurs aussi variés que l'industrie, l'équipement ou l'eau. Ces rencontres, préparées avec le sérieux de véritables journalistes, ont permis à ces jeunes d'aborder des questions de fond avec des personnalités rompues aux arcanes du pouvoir.

Leurs carnets d'adresses se sont enrichis de noms prestigieux : l'ancien ambassadeur britannique à Rabat, le chargé d'affaires de l'ambassade des États-Unis, l'ancienne ambassadrice de France, l'ambassadeur d'Italie, celui de l'Inde, l'ambassadrice de Colombie, ainsi qu'une pluralité de diplomates africains. Les représentations de la Chine, du Québec et de Madagascar ont également ouvert leurs portes à ces jeunes reporters dont la maturité et la préparation forçaient l'admiration.

Mais le point d'orgue de cette aventure diplomatique reste sans doute la couverture des Nocturnes philosophiques de Fès, un événement intellectuel de portée internationale. Là, au cœur des débats, les élèves-journalistes ont interviewé un ancien président d'université publique marocaine, des philosophes renommés des universités françaises, avant de réussir un véritable exploit : un entretien approfondi avec la consule générale de France, directrice de l'Institut français de Fès. Un moment de grâce où la jeunesse fassie a dialogué d'égal à égal avec la diplomatie culturelle française.

Une présence sur tous les terrains : du baccalauréat aux sommets de l'institution

La presse scolaire de Fès-Meknès ne se contente pas des honneurs diplomatiques. Elle est également présente sur le terrain, au plus près des préoccupations des élèves et des familles. Pendant des années, elle a assuré la couverture médiatique des examens du baccalauréat, offrant un regard unique sur ce moment crucial de la vie scolaire. Loin du sensationnalisme, les articles rendaient compte de l'atmosphère, des émotions, de l'organisation, avec une justesse qui touchait les lecteurs. Là où d'autres médias cherchaient la petite bête, eux montraient des élèves concentrés, des surveillants attentifs, une machine bien huilée au service de la réussite.

C'est dans ce cadre qu'une élève-journaliste a réussi l'exploit d'interviewer le docteur Fouad Rouadi, directeur de l'AREF Fès-Meknès. Un tête-à-tête entre une lycéenne et le plus haut responsable régional de l'éducation, où les questions pertinentes ont rencontré des réponses sans détour. Cet entretien reste dans les mémoires comme un symbole de ce que cette presse scolaire rend possible : un dialogue direct, authentique, entre les décideurs et ceux pour qui l'école existe.

Du confinement à la Wilaya : une présence sans faille

L'histoire de cette presse scolaire est aussi celle d'une adaptation constante aux défis de son temps. Pendant la crise sanitaire du Covid-19, alors que le monde entier cherchait des solutions pour maintenir le lien pédagogique, les élèves-journalistes ont mis leur savoir-faire technique au service de la communauté éducative. Ils ont participé au tournage et au montage d'une quarantaine de vidéos de leçons, qui ont été ensuite postées sur la plateforme officielle du ministère de l'Éducation nationale pour servir à l'apprentissage à distance. Derrière la caméra comme devant, ces jeunes ont contribué, à leur manière, à la continuité pédagogique dans des circonstances exceptionnelles.

Plus récemment, c'est un autre événement d'importance qui a mobilisé leur talent : la couverture médiatique de l'investiture du nouveau Wali de la région Fès-Meknès, professeur Aït Taleb. Là où les médias traditionnels déployaient leurs équipes, les élèves-journalistes étaient présents avec leurs propres codes, leur regard neuf, et cette capacité unique à capturer l'émotion d'un instant solennel. Une image forte : celle de la jeunesse scolaire assistant, caméra au poing, à la passation d'un pouvoir qui façonnera l'avenir de leur région.

Une écriture à deux voix : le bilinguisme comme richesse

L'une des forces du site est son bilinguisme systématique. Près de la moitié des articles sont disponibles en arabe et en français, souvent en miroir (articles 1 et 2, 28 et 29, 38 et 39, 66 et 67). Cette pratique n'est pas un simple exercice de traduction : elle reflète une volonté de toucher tous les publics – parents, partenaires, institutions – et de former les élèves à une maîtrise équilibrée des deux langues officielles du pays.

Les titres, souvent poétiques, révèlent une recherche stylistique : « Quand l'école devient un bouclier sur la route », « Fès sous veille bienveillante », « Le Maroc fait la joie du monde arabe », ou encore en arabe : « حين يصبح الصالون التربوي مدرسة ثانية » (Quand le salon éducatif devient une seconde école), « أطفال الوطن يكتبون الفرحة » (Les enfants de la patrie écrivent la joie). Chaque titre est une promesse, un appel à la lecture, et surtout une invitation à voir l'école autrement.

Un impact qui dépasse les frontières de la région

En quelques mois, pressescolaire.com s'est imposé comme une référence. Les articles sont lus, partagés, commentés. Des responsables institutionnels, des parents, des enseignants y trouvent un regard neuf sur l'école. La nomination du directeur de l'AREF Fès-Meknès au CSEFRS (Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique) est saluée par une couverture qui montre que la presse scolaire est devenue un acteur crédible du débat éducatif.

Mais au-delà de l'audience, c'est l'impact sur les élèves qui est le plus précieux. Ces jeunes reporters apprennent à vérifier les faits, à confronter les points de vue, à respecter la déontologie. Les articles sur les rumeurs (n°46 et 54) sont exemplaires : ils montrent une génération qui refuse la désinformation et cherche la vérité. La fierté d'être publié, de voir son nom associé à un travail sérieux, forge des vocations et construit une estime de soi durable.

Des témoignages recueillis auprès de parents révèlent l'émotion de voir leur enfant s'exprimer avec autant de maturité sur des sujets de société. Un père confie : « Mon fils n'écrivait que pour l'école ; aujourd'hui, il écrit pour le monde, et il m'a appris à regarder l'école autrement. » Du côté des enseignants, on salue une initiative qui redonne du sens aux apprentissages et qui motive les élèves à s'investir davantage.

Un modèle pour demain

L'expérience de Fès-Meknès prouve qu'il est possible de dépasser le stade du club de journalisme pour créer un véritable média scolaire, structuré, régulier et professionnalisant. Elle montre aussi que l'école peut être un lieu d'innovation, où les technologies numériques et l'expression médiatique se conjuguent pour former des citoyens éclairés.

Mais au-delà de l'aspect technique, c'est une leçon de dignité que donne cette presse scolaire. Face à ceux qui caricaturent l'école publique, elle oppose la réalité du terrain. Face à ceux qui diabolisent les élèves, elle montre des jeunes sérieux, talentueux, engagés. Face à ceux qui ne retiennent que les échecs, elle met en lumière les réussites, les innovations, les sacrifices.

Hicham Touati, modestement, préfère parler du travail de ses élèves plutôt que du sien. Mais son parcours – de 2018 à ce jour – raconte une obstination féconde, une foi inébranlable dans la jeunesse et dans le pouvoir des mots. pressescolaire.com est son chef-d'œuvre, mais c'est avant tout celui de centaines d'élèves qui, chaque jour, apprennent à écrire l'histoire de leur époque, et à redonner à l'école marocaine la place qu'elle mérite dans le récit national.

Alors que d'autres académies commencent à s'intéresser à ce modèle, une question demeure : cette initiative restera-t-elle une exception fassie ou deviendra-t-elle le ferment d'un réseau national de presse scolaire ? L'avenir le dira. Mais une chose est sûre : depuis le 29 octobre 2025, la plume des élèves de Fès-Meknès a trouvé sa maison, et elle ne compte pas s'arrêter en si bon chemin.

Région
Fez - Meknès
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