Maglor.fr - Ils envoient des milliards de dinars chaque année. Mais les Tunisiens Résidant à l'Étranger (TRE) revendiquent désormais bien plus qu'un rôle de pourvoyeurs de devises. Impliqués dans le développement économique, engagés politiquement, attachés à leur identité, ils incarnent une citoyenneté active à distance — et comptent bien se faire entendre.
Des transferts record, mais un malaise persistant
Les envois de fonds des TRE ont encore battu des records en 2025, dépassant les 7 milliards de dinars selon les estimations de la Banque Centrale de Tunisie. Une manne vitale pour de nombreuses familles tunisiennes et pour l'équilibre de la balance des paiements du pays. Pourtant, nombreux sont les membres de la diaspora à exprimer un sentiment de frustration : consultés pour leurs euros, rarement pour leurs idées. "On nous veut pour notre argent, pas pour nos compétences", résume amèrement un ingénieur tunisien établi à Lyon.
Une diaspora qui s'organise et revendique
Face à ce sentiment d'instrumentalisation, les TRE s'organisent. Des associations, des réseaux professionnels et des collectifs citoyens se multiplient en France, en Italie, en Allemagne et en Amérique du Nord. Leur objectif commun : peser réellement sur les grandes décisions qui touchent la Tunisie, au-delà du simple rôle de soutien financier. Des propositions concrètes circulent — droit de vote facilité, représentation institutionnelle renforcée, guichet unique pour les investisseurs de la diaspora — mais leur concrétisation reste lente.
Le pari de l'investissement productif
De plus en plus de TRE choisissent d'aller au-delà de la solidarité familiale pour investir dans des projets économiques durables en Tunisie. Startups technologiques, projets agricoles innovants, cliniques privées, établissements d'enseignement : la diaspora tunisienne devient peu à peu un acteur économique à part entière. Des dispositifs d'accompagnement existent — comme le programme FINCOME ou les incitations fiscales pour les investisseurs non-résidents — mais leur visibilité et leur accessibilité restent insuffisantes.
Citoyens d'ici et de là-bas
La question identitaire est au cœur de la relation entre la diaspora et la Tunisie. Nés en Tunisie ou enfants de Tunisiens nés en Europe, les TRE revendiquent une double appartenance qui n'est plus vécue comme une déchirure, mais comme une richesse. Ils suivent de près l'évolution politique du pays, réagissent aux débats sur les réseaux sociaux, transmettent la langue et la culture à leurs enfants. Pour cette génération, être TRE n'est pas un statut administratif — c'est une identité à part entière.
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