Maglor - C'est un tournant diplomatique majeur entre Rabat et Paris. Le 20 mai dernier, les ministres des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot et marocain Nasser Bourita ont officialisé, en marge de la 2e Conférence ministérielle sur le maintien de la paix, la préparation d'un traité bilatéral d'exception et la tenue prochaine d'une visite d'État du Roi Mohammed VI en France. Une annonce historique qui concrétise le « grand virage » diplomatique entre les deux pays, amorcé depuis la reconnaissance française de la marocanité du Sahara en juillet 2024.
Un traité inédit, le premier du genre hors d'Europe
Le futur accord sera le premier traité bilatéral d'exception jamais conclu par la France avec un pays non européen. Inspiré des grands précédents européens — notamment le traité de l'Élysée signé en 1963 entre Paris et Bonn — il formalisera un cadre de coopération globale entre les deux royaumes dans tous les domaines stratégiques : défense, sécurité, économie, énergie, éducation et culture.
Sa préparation est confiée à une commission mixte de douze personnalités, co-présidée par l'ancien ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine et l'ambassadeur marocain Chakib Benmoussa. Cette instance technique travaille depuis plusieurs mois à définir l'architecture du futur traité, dont la signature devrait coïncider avec la visite d'État du Souverain à Paris.
Une visite royale en France attendue à l'automne 2026
Si la date exacte n'a pas encore été communiquée officiellement, la visite d'État du Roi Mohammed VI à Paris est désormais « programmée » selon les termes des deux chefs de la diplomatie. Elle devrait intervenir à l'automne 2026, précédée d'une réunion de la « haute commission mixte » présidée par les Premiers ministres des deux pays, prévue dès juillet prochain.
En 27 ans de règne, Mohammed VI s'était jusqu'ici rendu en France lors de visites privées ou de travail. Une visite d'État officielle revêtira donc une portée symbolique et diplomatique particulière, marquant l'aboutissement d'une relation réinventée après plusieurs années de turbulences.
La reconnaissance du Sahara, clé de voûte de la réconciliation
Le vrai tournant a eu lieu en juillet 2024, quand Emmanuel Macron a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, levant ainsi le dernier obstacle majeur à une réconciliation totale. Sa visite d'État à Rabat en octobre 2024 avait ensuite servi de rampe de lancement pour une nouvelle séquence diplomatique ambitieuse.
Depuis, Paris renforce concrètement sa présence dans les provinces du Sud du Maroc : ouverture d'un centre de visas à Laâyoune, création d'une Alliance française, et investissements massifs de l'Agence française de développement (AFD). « La France compte rattraper le temps perdu depuis 2020 dans les provinces du Sud », confirme une source du Quai d'Orsay à Médias24.
Un partenariat pivot entre l'Europe et l'Afrique
Au-delà des symboles, ce rapprochement traduit une vision stratégique partagée. En 2026, le Maroc ne se présente plus seulement comme un allié traditionnel de la France, mais comme son partenaire pivot pour dialoguer avec l'Afrique. Le Royaume est devenu un hub incontournable pour les investissements européens sur le continent, un acteur clé dans la gestion des flux migratoires, et un voisin stabilisateur dans une région sahélienne en crise.
Pour Paris, le traité avec Rabat s'inscrit dans une refonte globale de sa politique africaine, après les revers diplomatiques subis au Sahel. Le Maroc, stable, allié et réformateur, représente le type de partenariat que la France veut désormais privilégier sur le continent.
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