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À Strasbourg, une conférence pour la Fête de l’Unité sur la nouvelle dynamique franco-marocaine

Le 30 octobre 2026, le Consulat général du Maroc à Strasbourg a réuni élus, chercheurs et acteurs associatifs autour des relations franco-marocaines depuis la décision française sur le Sahara marocain. L’après-midi s’est poursuivi avec deux expositions sur le patrimoine saharien et une réception festive.

Une date chargée de sens

La rencontre se tenait à la veille du 31 octobre, jour du premier anniversaire de la Fête de l’Unité (Aïd Al Wahda). Le roi Mohammed VI a institué cette fête nationale après l’adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le Sahara. Cette année, elle coïncide aussi avec le 51e anniversaire de la Marche verte et le 71e anniversaire de la Fête de l’Indépendance.

Le Consulat général a organisé l’événement avec les associations de sa circonscription et le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME). Le thème : « Une nouvelle dynamique des relations franco-marocaines à la lumière de la décision française concernant le Sahara marocain ».
 


Une ouverture solennelle

La conférence s’est ouverte à 14h30 avec les hymnes nationaux marocain et français. Le modérateur, Rahim Faiq, psychologue clinicien et président de l’association ADEP, a ensuite présenté les intervenants.

Mme Lalla Soumia Bouhamidi, consule générale du Royaume du Maroc à Strasbourg et chargée des relations avec le Conseil de l’Europe, a souhaité la bienvenue aux invités en soulignant l’importance de ce moment historique pour la communauté marocaine d’Alsace. Elle a rappelé que la décision française de soutenir le plan d’autonomie marocain pour le Sahara représente un tournant majeur dans les relations bilatérales, ouvrant la voie à une coopération renforcée.

La séance d’ouverture s’est poursuivie par la projection du film documentaire Sahara marocain : une terre, une unité. Cette œuvre, qui retrace l’histoire et les liens profonds unissant le Sahara au Royaume du Maroc, a offert au public un ancrage visuel et émotionnel avant les interventions des experts. Dans un silence attentif, les participants ont pu mesurer la richesse de ce patrimoine territorial et humain.
 


La diplomatie parlementaire, un levier discret mais décisif

Claude Kern a été sénateur du Bas-Rhin de 2014 à 2026 (groupe Union centriste). Il a aussi été membre du bureau du groupe d’amitié France-Maroc et vice-président de la commission des Affaires européennes. Fort de cette expérience, il a brossé un tableau précis du rôle que joue la diplomatie parlementaire dans la consolidation des liens franco-marocains.

Selon lui, les relations entre les deux pays ne se résument pas aux sommets gouvernementaux ni aux décisions ministérielles. Elles se construisent aussi, et parfois surtout, dans les coulisses : lors des visites de délégations, des échanges informels entre élus, des groupes d’amitié parlementaires qui entretiennent un dialogue suivi loin des agendas médiatiques. Il a évoqué notamment le travail mené au sein du groupe d’amitié France-Maroc du Sénat, qui a contribué à maintenir un canal ouvert même dans les périodes de tension diplomatique.

Claude Kern a conclu en estimant que la reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara n’est pas un événement isolé : c’est l’aboutissement d’années de travail patient mené à plusieurs niveaux, dont le niveau parlementaire a été l’un des plus constants.
 


La coopération entre régions, moteur économique et humain

Gabrielle Rosner-Bloch, conseillère régionale déléguée à la Culture et aux Cultes, représentait le président de la Région Grand Est. Son intervention a porté sur la coopération décentralisée entre le Grand Est et les régions marocaines, un volet souvent méconnu mais concrètement structurant des relations entre les deux pays.

Elle a détaillé les partenariats existants : échanges économiques, projets culturels communs, mobilité étudiante et professionnelle, ainsi que des initiatives de développement co-portées par des collectivités des deux rives. Elle a insisté sur le fait que la régionalisation avancée engagée au Maroc crée de nouvelles opportunités pour des partenariats directs entre territoires, sans nécessairement passer par les capitales. Le Grand Est, avec sa tradition de coopération transfrontalière, dispose selon elle d’une expérience précieuse à partager dans ce cadre.

Elle a également souligné la dimension humaine de cette coopération : les dizaines de milliers de Marocains installés en Alsace sont des passeurs naturels entre les deux sociétés, et leur implication dans les projets communs constitue un atout irremplacable.
 


Deux expositions sur le patrimoine saharien

La pause-café a été l’occasion de visiter deux expositions. La première, une tente culturelle sahraouie préparée avec soin par Mme Zahra Hidara, plongeait les visiteurs dans l’art de vivre et l’hospitalité du Sahara : tapis, thé, vvêtements, objets du quotidien composaient une scène à la fois intime et évocatrice. La seconde, Le Maroc en héritage, de l’artiste Rikia Merius, présentait des sculptures représentant les vêtements traditionnels du Sahara marocain, rappelant que la culture sahraouie est vivante, diverse et profondément enracinée dans l’identité marocaine.
 


Le Sahara à l’ONU, entre New York et Genève

Venue de Genève, Aïcha Douihi est experte en droits humains et en plaidoyer international auprès des Nations Unies. Elle préside aussi l’ONG IOPDHR-Geneva, qu’elle a cofondée. Son intervention a offert une lecture techni-juridique du dossier saharien dans les instances onusiennes, souvent mal comprise du grand public.

Elle a expliqué la différence de nature entre les débats au Conseil de sécurité à New York — où se négocient les résolutions et les mandats de la MINURSO — et les discussions qui ont lieu à Genève au sein des organes des droits humains, où des organisations non gouvernementales jouent un rôle de plaidoyer important. Elle a analysé l’évolution des résolutions du Conseil de sécurité sur le Sahara depuis 2007, en soulignant la tendance à privilégier une solution politique négociée, réaliste et mutuellement acceptable — formule qui se rapproche du plan d’autonomie proposé par le Maroc.

Mme Douihi a conclu en soulignant que la décision française de soutenir ce plan s’inscrit dans une tendance internationale plus large, plusieurs pays européens et africains ayant pris des positions similaires, renforçant la crédibilité de l’initiative marocaine.


L’éclairage des archives

Le Pr Jillali El Adnani, de l’Université Mohammed V de Rabat, est spécialiste de l’histoire sociale et religieuse et des questions territoriales. Son intervention a constitué l’ancrage historique de la journée, répondant aux récits révisionnistes qui contestent les liens historiques entre le Maroc et son Sahara.

S’appuyant sur des archives marocaines, espagnoles, françaises et britanniques, il a retracé les formes d’algégeance et de liens juridiques qui unissaient les tribus sahraouies au Makhzen bien avant la colonisation espagnole. Il a évoqué les actes de Bay’a, les relations commerciales et spirituelles, ainsi que la présence de confréries religieuses marocaines dans toute la région, qui tissèrent une continuité culturelle et politique attestable par les sources.

Il a également rappelé l’arrêt de la Cour internationale de justice de 1975, souvent mal interprété : si la Cour a jugé que le Sahara n’était pas une terra nullius, elle a dans le même temps reconnu l’existence de liens juridiques d’allégeance entre les tribus du Sahara et le Roi du Maroc. Son intervention, suivie d’un échange nourri avec le public, a donné à la journée sa profondeur intellectuelle.

Les différentes interventions de la journée ont suscité un débat vif et constructif avec la salle. Enrichis par la diversité des approches — politique, économique, onusienne et historique —, les échanges ont permis au public de poser des questions, d’apporter des témoignages et de prolonger la réflexion collective. Ce moment d’échange libre a été également un des points forts de cette conférence.



Mot de clôture

Pour conclure cette journée riche, Madame la Consule Générale a pris la parole pour saluer la qualité des échanges et l’engagement de chacun. Elle a exprimé sa fierté devant la mobilisation de la communauté marocaine d’Alsace et rappelé que de tels événements ne peuvent voir le jour sans un travail collectif discret mais déterminant.

Madame la Consule Générale a tenu à adresser ses vifs remerciements à l’ensemble de son équipe consulaire, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui œuvrent dans l’ombre pour que de tels événements se déroulent dans les meilleures conditions. Elle a exprimé sa reconnaissance envers tous les intervenants pour la qualité et la richesse de leurs contributions, et a rendu un hommage particulier à Mme Zahra HIDARA, présidente de l’association ASSIDAH, et à M. Jamal BOUSSIF, président de l’association Pluriel, dont le soutien associatif a été précieux dans l’organisation de cette manifestation.


Une soirée sous le signe de la convivialité

À 18h, la réception a commencé au rythme de la Dakka Marrakchia. Les invités ont partagé une cérémonie du thé et une dégustation, avec une trés belle animation  musicale .

 

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