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Tribune : au Maghreb, on ne bâtit pas une économie sur les caprices du ciel

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — Deux chiffres, publiés à quelques jours d'écart, racontent la même histoire. Au Maroc, la banque centrale prévoit que la valeur ajoutée agricole bondira de 16 % en 2026 avant de reculer de 7,6 % en 2027. En Tunisie, la récolte d'huile d'olive pourrait chuter de 500 000 à 300 000 tonnes, soit 40 % de moins. Bonne année, mauvaise année : la terre décide, et les économies suivent.

L'illusion des bonnes années

Lorsque la pluie revient, on célèbre. Les statistiques de croissance s'embellissent, les exportations s'envolent — la Tunisie a vendu 368 000 tonnes d'huile d'olive en neuf mois, 55 % de plus que l'an passé — et l'on oublie vite la volatilité qui accompagne ces records. Le Maroc table sur 4,4 % de croissance en 2026, mais seulement 2,9 % en 2027. Cet écart n'est pas un accident : c'est la signature d'une économie encore adossée à ses campagnes agricoles.

Ce que disent, sans le dire, les prévisions

Le secteur non agricole marocain devrait croître de 3,1 % puis de 4 %. C'est encourageant, mais insuffisant pour absorber les secousses du secteur primaire et créer assez d'emplois : le chômage reste à 9,5 %, et près de 12 % en ville. Il faut le dire clairement : une croissance qui dépend de la météo ne peut pas servir de politique de l'emploi.

Trois pistes

Premièrement, transformer sur place. L'exemple de l'huile d'olive est parlant : vendre en vrac, c'est laisser la valeur ajoutée à d'autres. Les produits conditionnés et labellisés amortissent les années maigres. Deuxièmement, diversifier, comme le montrent déjà l'automobile et l'aéronautique marocaines, dont les exportations progressent à deux chiffres. Troisièmement, constituer des réserves : financières pour lisser les revenus des exploitants, mais aussi hydriques, pour ne pas dépendre d'une saison.

Le rôle de la diaspora

Les Maghrébins de France ont ici une carte à jouer, non pas seulement par les transferts, mais par l'investissement dans la transformation, la logistique et la distribution. Un olivier tunisien ou une exploitation marocaine mieux valorisés en Europe, c'est un revenu plus stable pour des millions de familles.

Les cycles de la nature sont une donnée, pas une fatalité. Les économies maghrébines n'ont pas besoin de moins d'agriculture, mais de plus d'industrie autour de l'agriculture. C'est le choix qui distinguera, dans dix ans, les pays qui subissent leur climat de ceux qui l'ont apprivoisé.

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