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Benmoussa au Casablanca Business Forum : "L'intégration africaine est devenue une urgence"

Maglor - Lors de la deuxième édition du Casablanca Business Forum, placée sous le thème « Africa's Next Economic Chapter », Chakib Benmoussa a livré un plaidoyer sans ambiguïté : l'Afrique ne pourra engager sa transformation économique que par l'intégration. Et cette intégration, a martelé le Haut-Commissaire au Plan, « est devenue aujourd'hui une urgence ».

Un potentiel mal exploité

Les chiffres rappelés par Chakib Benmoussa donnent le vertige : 60 % de la population africaine a moins de 25 ans, le continent concentre 60 % des terres arables non exploitées dans le monde et 30 % des réserves minérales mondiales. Autant de ressources qui, faute de transformation locale et de chaînes de valeur intégrées, continuent de profiter davantage aux marchés extérieurs qu'aux populations du continent.

Pour Benmoussa, la réponse passe par la mobilisation de l'épargne interne africaine, le renforcement des institutions, l'investissement dans l'éducation et la recherche, et le développement de partenariats entre universités et entreprises. Le financement de la transformation ne peut continuer à reposer principalement sur des capitaux extérieurs.

Résilience, bien-être et capital humain : trois priorités

S'appuyant sur l'expérience marocaine — notamment les travaux de la Commission spéciale sur le modèle de développement qu'il a présidée —, le Haut-Commissaire au Plan a identifié trois axes pour des politiques de développement adaptées aux réalités du continent.

Le premier est la résilience : dans un monde marqué par des recompositions géostratégiques, des mutations technologiques accélérées et des chocs climatiques, les États africains ne peuvent plus raisonner uniquement en termes d'optimisation économique. Ils doivent intégrer la capacité à absorber les chocs et à se repositionner rapidement pour saisir les opportunités.

Le deuxième axe concerne la vision du développement elle-même : Benmoussa plaide pour une approche qui dépasse les seuls indicateurs économiques, en mesurant les conditions de vie réelles, les inégalités territoriales et le bien-être subjectif des populations. Le Maroc travaille à un dispositif permanent en ce sens, articulé autour d'un baromètre social et d'un système national de mesure du bien-être.

Le troisième axe est le capital humain : libérer les énergies passe par un système éducatif capable de transmettre les fondamentaux, de favoriser l'égalité des chances et de préparer les jeunes aux compétences numériques et écologiques que les économies de demain exigeront.

Le Maroc comme levier d'intégration continentale

Chakib Benmoussa a également mis en avant plusieurs initiatives portées par le Maroc dans cette dynamique. Le gazoduc Maroc-Nigeria, dont l'accord intergouvernemental a récemment été signé, est présenté comme un projet structurant pour la sécurité énergétique de 13 pays d'Afrique de l'Ouest et le catalyseur d'un corridor industriel régional. L'initiative atlantique pour les pays du Sahel ouvre les infrastructures portuaires, routières et ferroviaires du Maroc aux pays enclavés, dans une logique de solidarité et d'interdépendance.

Casablanca Finance City est par ailleurs présentée comme le hub de l'intégration financière africaine, capable de mobiliser des capitaux de long terme pour financer les projets structurants dont le continent a besoin.

Des données fiables pour des politiques crédibles

Benmoussa a conclu sur un point souvent sous-estimé : la qualité des données statistiques. Des systèmes fragmentés, irréguliers et aux méthodologies hétérogènes fragilisent la crédibilité des politiques publiques et freinent la confiance des investisseurs. L'harmonisation des données, leur ouverture et leur interopérabilité sont, selon lui, des conditions nécessaires à toute stratégie de développement sérieuse.

Le message de Casablanca est limpide : le Maroc entend jouer un rôle central dans la transformation économique de l'Afrique, non comme donneur de leçons, mais comme partenaire ancré dans les réalités du continent.

Source : Le Matin.ma

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