Ecrit Par Maglor — Le 1er octobre 2026, à Alger, cinq pays ont signé une déclaration pour bâtir un corridor d'hydrogène vert entre le Maghreb et l'Europe. C'est une bonne nouvelle. Mais l'histoire énergétique de la région invite à poser une question simple : qui en tirera réellement les bénéfices ?
Le précédent du gaz
Pendant des décennies, l'Afrique du Nord a exporté ses hydrocarbures vers l'Europe sous forme de matière première. Les gazoducs ont créé des dépendances réciproques, des recettes en devises et une influence diplomatique, mais ils ont aussi enfermé les économies exportatrices dans une rente. Peu d'industries de transformation, peu de transferts de technologie, et une exposition permanente aux cycles des prix.
Le corridor SoutH2, qui associe l'Algérie, la Tunisie, l'Italie, l'Autriche et l'Allemagne, ouvre la possibilité d'un autre modèle. Encore faut-il que la déclaration d'Alger, qui prévoit un secrétariat soutenu par l'ONUDI, des études de faisabilité et des transferts de technologie, ne reste pas lettre morte sur le dernier point.
Trois conditions pour un partenariat équilibré
La première condition est industrielle : produire l'hydrogène ne suffit pas, il faut garder sur place une partie de la valeur ajoutée, par exemple dans la fabrication d'électrolyseurs, d'équipements solaires ou d'engrais verts. La deuxième est sociale : les projets doivent créer des emplois qualifiés pour les jeunes diplômés du Maghreb, dont beaucoup finissent par partir en Europe. La troisième est environnementale : l'électrolyse consomme de l'eau, ressource rare dans une région confrontée à des sécheresses répétées.
Une opportunité pour les diasporas
Les ingénieurs, techniciens et entrepreneurs d'origine maghrébine installés en France, en Italie ou en Allemagne constituent un atout sous-estimé. Ils connaissent à la fois les réglementations européennes et les réalités du terrain au Maghreb. Associer ces compétences aux projets, par des dispositifs de retour temporaire, de mentorat ou de co-investissement, serait un moyen concret de faire de la transition énergétique un projet commun.
Éviter la rivalité entre voisins
Il est révélateur que ce corridor réunisse l'Algérie et la Tunisie avec trois partenaires européens, mais pas l'ensemble des pays du Maghreb. Les échanges entre voisins maghrébins demeurent très faibles et l'intégration énergétique régionale reste un chantier ouvert. Si chacun négocie séparément avec l'Europe, le rapport de force restera inégal.
L'hydrogène vert ne sera pas une rente de plus s'il est pensé comme un projet de développement, avec des règles claires, des contrats transparents et une participation réelle des sociétés civiles. La déclaration d'Alger est un point de départ. Elle ne vaudra que par ce qu'elle produira sur le terrain, au bénéfice des habitants des deux rives de la Méditerranée.