Ecrit Par Maglor — Alors que la Grande Mosquée de Paris célèbre son centenaire, un sénateur écologiste du Val-de-Marne, Akli Mellouli, d'origine franco-algérienne, a dénoncé les discours qui présentent les Français d'origine immigrée comme des « parasites » ou des profiteurs d'aides sociales. Sa sortie, rapportée le 7 octobre après une rencontre avec le recteur Chems-Eddine Hafiz, mérite qu'on s'y arrête, au-delà de la polémique du jour.
Un centenaire qui rappelle une dette
La Grande Mosquée de Paris n'est pas un monument comme les autres. Son histoire renvoie à la Première Guerre mondiale et à l'engagement de milliers de soldats musulmans venus d'Algérie, du Maroc et de Tunisie. Elle est l'un des symboles d'une reconnaissance : celle d'une France qui, au sortir de la guerre, a voulu honorer le sacrifice de ceux qui avaient combattu sous ses drapeaux.
Rappeler cela n'est pas un exercice de nostalgie. C'est replacer dans le débat public un fait simple : la présence maghrébine en France n'est pas un accident récent, elle s'inscrit dans une histoire commune, faite de sang versé, de travail et de contributions bien réelles.
Une parole qui se libère
M. Mellouli affirme que les actes islamophobes sont en hausse, évoque des femmes voilées agressées, menacées ou intimidées, et dénonce une parole raciste qui se décomplexe. Ces constats sont ceux d'un élu, et il appartient aux autorités de les documenter avec des chiffres. Mais ils font écho à un sentiment largement partagé dans la communauté : celui d'être regardé comme un problème avant d'être considéré comme un citoyen.
Il faut pourtant éviter deux écueils. Le premier consiste à répondre à la caricature par une autre caricature, en réduisant tout débat sur l'immigration à du racisme. Le second est de laisser prospérer, sans réponse, des mots qui blessent et qui divisent. Un débat sérieux sur les politiques migratoires est légitime ; l'insulte envers des compatriotes ne l'est pas.
Que faire ?
L'appel du sénateur à une mobilisation populaire, « toutes obédiences et origines confondues », pour les valeurs républicaines et la dignité humaine, a le mérite de ne pas enfermer la question dans un communautarisme. La réponse la plus efficace aux préjugés reste le travail de mémoire, l'éducation, la présence dans l'espace public et, pour les jeunes de la diaspora, l'engagement associatif, syndical et politique.
Les institutions religieuses comme la Grande Mosquée de Paris ont aussi un rôle : fédérer, dialoguer, et incarner un islam pleinement inscrit dans le cadre de la République.
Conclusion
Cent ans après, la leçon demeure : la dignité d'une société se mesure à la manière dont elle traite ceux qui l'ont servie et ceux qui y vivent aujourd'hui. Pour les Franco-Maghrébins, la meilleure réponse restera de continuer à construire, étudier, entreprendre et voter, sans rien céder sur la fierté d'une histoire qui est aussi celle de la France.
Cette tribune exprime une analyse de la rédaction à partir d'informations publiées par la presse.