FR AR
Partager sur :

Carburants : le gasoil à plus de 16 dirhams met les transporteurs touristiques au bord de la rupture

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — Depuis le 1er octobre 2026, le litre de gasoil dépasse les 16 dirhams au Maroc et coûte désormais plus cher que l'essence. Une situation inhabituelle qui pèse sur le budget des ménages, mais frappe plus durement encore un secteur en première ligne : celui du transport touristique, dont les professionnels disent travailler désormais à perte.

Un seuil de 18 dirhams jugé fatal

Pour les opérateurs du secteur, la hausse n'est plus supportable. Les agences ne dégagent plus de bénéfices et cherchent avant tout à survivre. La trésorerie se tend et les échéances s'accumulent : carburant, péages d'autoroute, traites des véhicules, cotisations sociales, assurances. Les professionnels fixent eux-mêmes une ligne rouge : si le litre atteint 18 dirhams, beaucoup n'auront « d'autre choix que de poser les clés ».

À cette pression s'ajoute un problème structurel de contrats. Les voyagistes signent souvent leurs prestations un an à l'avance, à prix fixes, et refusent de les réviser lorsque le coût du carburant s'envole. Les transporteurs supportent donc seuls l'écart entre le tarif convenu et la réalité de la pompe.

Une aide publique jugée dérisoire

Une aide publique a bien été reconduite par la tutelle, mais les professionnels la jugent très insuffisante. Pour de nombreux adhérents, elle représente environ 1 000 dirhams par mois, versés par quinzaine, soit moins que le coût d'un seul plein pour un autocar. Près de 10 % des entreprises n'en bénéficieraient pas du tout.

Les transporteurs touristiques déplorent aussi un traitement différent de celui des taxis : ils perçoivent souvent la moitié de ce que reçoivent ces derniers, au motif que les taxis rendent un service direct au citoyen. À Marrakech, ils dénoncent en outre la concurrence des petits taxis, stationnés toute la journée devant les hôtels et qui grignotent la part de marché des professionnels organisés.

Concurrence des applications et risque d'informel

En ville, l'activité a pratiquement cessé, selon les professionnels. La clientèle se tourne vers des applications de transport qui, affirment-ils, opèrent sans organisation, sans contrôle et sans normes sur les véhicules, ce qu'ils qualifient de concurrence déloyale.

Le secteur redoute un effet de contagion : si la situation perdure, les jeunes investisseurs et les Marocains du monde qui ont placé leurs économies dans ces entreprises pourraient perdre confiance, et d'autres opérateurs pourraient être poussés vers l'informel.

Ce qu'il faut retenir

Les chiffres avancés proviennent des déclarations de professionnels et ne sont pas, à ce stade, étayés par une source institutionnelle : le montant exact de l'aide, la date de sa reconduction et le prix du gasoil avant octobre ne sont pas précisés. Reste que le signal est clair. Dans un pays qui mise sur le tourisme comme moteur de croissance et se prépare à accueillir d'importants événements sportifs, la fragilité de la chaîne de transport touristique devient un sujet économique à part entière.

Les professionnels réclament une révision de l'aide, un traitement équitable avec les autres transporteurs et un encadrement plus strict des plateformes. Les pouvoirs publics n'ont pas, à ce jour, annoncé de mesure supplémentaire. La question est désormais de savoir si le gouvernement interviendra avant que le seuil des 18 dirhams ne soit atteint.

Pour la diaspora, ce dossier n'est pas anodin : nombre de Marocains résidant à l'étranger rentrent au pays en été en s'appuyant sur ces transporteurs, et certains ont investi dans le secteur. Une défaillance en chaîne se ferait sentir bien au-delà des seules agences concernées.

Partager sur :