Ecrit Par Maglor — Le 3 octobre dernier, six Marocains sont arrivés à l'aéroport de Tunis-Carthage. Passeports confisqués, entrée refusée, une journée entière en salle d'attente, puis un billet retour racheté 800 dirhams. L'affaire est mineure par son ampleur ; elle est révélatrice par ce qu'elle dit de l'état du Maghreb.
Deux récits qui ne se rencontrent pas
Selon le récit des voyageurs, un agent a évoqué oralement des soupçons de migration clandestine, sans preuve ni motif écrit. Ils disent avoir été retenus de six heures du matin à 23 heures dans une salle froide, perdant au passage leur billet de retour du 10 octobre et leurs frais d'hôtel. Le consulat général du Maroc à Tunis, lui, parle de cas isolés relevant du droit souverain des autorités tunisiennes, rejette toute discrimination et évoque des profils de jeunes hommes arrivant en période de pic de migration irrégulière, avec des réservations dans des zones sans infrastructures touristiques et des bagages légers. Ces éléments reposent sur une source consulaire anonyme et ne sont pas vérifiés.
Un État a le droit de contrôler ses frontières
Disons-le clairement : la Tunisie, comme tout pays, est en droit de refuser l'entrée à un voyageur dont elle estime le motif de séjour douteux. Elle est aussi un pays de transit sous pression migratoire, et personne ne peut lui reprocher de se montrer vigilante. Mais la souveraineté n'exonère ni de transparence ni de respect. Un refus d'entrée devrait être motivé par écrit, contestable, et s'accompagner d'un traitement digne.
Le coût du non-Maghreb
Ce petit épisode illustre un paradoxe. Les Maghrébins circulent plus facilement vers Paris, Madrid ou Rome que d'un pays du Maghreb à l'autre. Les frontières entre l'Algérie et le Maroc sont fermées depuis 2021, les liaisons aériennes sont rares et coûteuses, et même entre Rabat et Tunis, la fluidité est loin d'être acquise. Les économistes estiment depuis longtemps que cette fragmentation coûte des points de croissance à la région ; elle coûte aussi, plus simplement, des liens humains.
Une revendication de bon sens
Il ne s'agit pas de rêver d'une union politique lointaine. Il s'agit de demander des choses concrètes : des procédures de refus d'entrée écrites et motivées entre pays voisins, des mécanismes de recours consulaire efficaces, des liaisons aériennes et maritimes plus nombreuses, un dialogue régulier entre services de contrôle pour éviter que des jeunes, souvent de bonne foi, ne soient traités comme des suspects par défaut.
Pour la diaspora maghrébine de France, habituée aux allers-retours et aux frontières, la question est familière : combien de fois a-t-on vu des familles attendre des heures pour une formalité absurde ? Le Maghreb que nous appelons de nos vœux commencera le jour où un citoyen de Rabat, d'Alger ou de Tunis sera traité chez son voisin comme un hôte, et non comme un problème. Six passeports confisqués, c'est peu. C'est pourtant suffisant pour mesurer le chemin qui reste.