Ecrit Par Maglor — Le projet de loi de finances (PLF) 2027 de la Tunisie, présenté mi-octobre, prévoit des dépenses de 68,895 milliards de dinars pour des recettes de 54,28 milliards, soit un déficit de 14,615 milliards de dinars. Le président Kaïs Saïed a présenté le texte lors d'un Conseil des ministres tenu le 13 octobre au palais de Carthage, en le plaçant sous le signe de « la justice sociale et de l'allègement de la pression fiscale ».
Les grands équilibres du budget
Le déficit représente environ 21,2 % des dépenses : près d'un dinar sur cinq dépensé par l'État ne serait donc pas couvert par les recettes. Le besoin global de financement atteint 28,122 milliards de dinars, dont 13,307 milliards correspondent au remboursement du principal de la dette. Le Trésor prévoit de lever 19,845 milliards de dinars sur le marché intérieur et 6,877 milliards à l'extérieur.
Le projet envisage également un financement de la Banque centrale de Tunisie allant jusqu'à 9,8 milliards de dinars, sans intérêts, remboursable sur 15 ans avec trois années de grâce. Ce montant couvrirait environ 67 % du déficit et près de 35 % du besoin global de financement, un point qui alimente déjà le débat économique.
Les hypothèses macroéconomiques
Les recettes fiscales sont attendues à 49,6 milliards de dinars. Le budget table sur une croissance de 3,1 % en 2027, contre 2,7 % estimés pour 2026, avec des exportations en hausse de 8 % et des importations en progression de 7,9 %. Le taux d'investissement passerait de 15,5 % à 16,4 % du PIB et les investissements directs étrangers sont projetés à 4,8 milliards de dinars, contre 4 milliards en 2026. Les subventions énergétiques reposent sur un baril de Brent à 80 dollars en moyenne.
Ces chiffres sont des objectifs et des prévisions, et non des résultats. Ils dépendront du contexte international, notamment des prix de l'énergie, et de la capacité de l'économie à retrouver un rythme de croissance plus soutenu.
Priorités sociales et débat
Lors du Conseil des ministres, Kaïs Saïed a affirmé que l'investissement ne peut produire ses effets que dans un climat de stabilité sociale fondé sur la justice et l'équité, et que répondre aux besoins des citoyens dans toutes les régions reste une priorité absolue. Il a reconnu que les avis divergent sur le projet. Le budget s'inscrit dans le plan de développement 2026-2030 et dans une logique de « compter sur soi » pour renforcer la souveraineté économique, avec parmi les priorités la réforme de la santé et de la sécurité sociale, la sécurité alimentaire, hydrique et énergétique, la restructuration des entreprises publiques et la transformation numérique.
Les points de vigilance
Plusieurs médias tunisiens ont pointé la fragilité de l'équilibre proposé, en particulier le poids du service de la dette et le recours massif au financement de la banque centrale. Le texte doit encore être examiné par le Parlement avant son adoption.
Pour les Tunisiens de France, qui suivent de près la situation économique du pays, ce budget donnera la mesure des marges de manœuvre de l'État pour soutenir le pouvoir d'achat, l'investissement et l'emploi en 2027. Son examen dans les semaines à venir permettra de savoir si l'objectif d'allègement de la pression fiscale peut être tenu sans creuser davantage les déséquilibres.