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Tribune : 1er Novembre, la mémoire comme boussole ou comme fardeau pour les Franco-Algériens ?

Ecrit Par Maglor — Chaque 1er novembre, l'Algérie se tourne vers son histoire. Le message du président Tebboune pour le 72e anniversaire du déclenchement de la Révolution rappelle plus de cent trente années de colonisation et rend hommage aux martyrs. Pour les Franco-Algériens, ce rendez-vous annuel n'est jamais neutre : il touche à des histoires de familles, à des silences transmis de génération en génération et à une relation entre deux États qui reste, depuis des années, sous tension.

La mémoire, un ciment qui peut aussi diviser

Il serait absurde de contester le devoir de mémoire. Une société a le droit, et même l'obligation, de se souvenir de ce qu'elle a traversé. Mais la mémoire devient un sujet politique dès qu'elle sert de langage commun entre les États. Chaque mot du discours officiel, chaque qualificatif choisi pour décrire la colonisation, est lu des deux côtés de la Méditerranée comme un signal diplomatique. Le message de cette année, qui qualifie la colonisation de « tache infamante dans l'histoire de l'humanité », s'inscrit dans cette tradition.

Un message qui regarde aussi vers l'avenir

Ce qui frappe cette année, c'est que le discours ne se limite pas au passé. Il lie la fidélité à l'esprit de Novembre à la défense des intérêts vitaux du pays, à la sécurité nationale et à la stabilité régionale. La mémoire y est présentée comme une boussole pour les décisions souveraines d'aujourd'hui. C'est un choix de lecture légitime, mais il invite à une question : comment concilier la fidélité au passé avec les besoins concrets d'une jeunesse qui regarde d'abord vers l'emploi, le logement et la mobilité ?

Ce que vivent les familles

En France, des millions de personnes ont un lien familial avec l'Algérie. Pour elles, la mémoire n'est pas qu'un récit d'État : c'est celui d'un grand-père ouvrier, d'une grand-mère restée au pays, de voyages d'été et de papiers administratifs parfois difficiles à obtenir. Quand les relations entre Paris et Alger se tendent, ce sont ces familles qui en ressentent les effets quotidiens, des délais consulaires aux rendez-vous en préfecture.

Plaidoyer pour une mémoire apaisée

Une mémoire apaisée ne signifie ni l'oubli ni la repentance à sens unique. Elle suppose que les historiens des deux rives puissent travailler librement, que les archives soient accessibles et que le débat public ne soit pas confisqué par les surenchères. Elle suppose aussi de reconnaître que les descendants, qu'ils vivent à Alger, à Marseille ou à Metz, ne sont pas responsables des décisions du passé mais héritiers de leurs conséquences.

Le 1er novembre pourrait ainsi devenir plus qu'une date de commémoration : un moment où l'on rappelle à la fois ce que l'indépendance a coûté et ce que les deux sociétés ont encore à construire ensemble. Cette lecture n'engage que son auteur, mais elle mérite d'être débattue. Maglor ouvre ses colonnes à toutes les voix qui souhaitent y contribuer, dans le respect des personnes et des faits.

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