Ecrit Par Maglor — La Tunisie veut « retrouver sa place de leader mondial » dans les phosphates et leurs dérivés. C'est le message porté fin septembre par le ministre de l'Équipement et de l'Habitat, Salah Zouari, chargé de la gestion du département de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie, lors du Forum égyptien des mines. Mais les chiffres disponibles rappellent l'ampleur du chemin à parcourir.
Une production encore loin des sommets passés
À fin juin 2026, la production s'établit à 1,73 million de tonnes, contre 1,84 million un an plus tôt, soit un recul de 5,5 %. En 2010, la Tunisie produisait 8,1 millions de tonnes ; depuis la chute qui a suivi 2011, la production oscille entre 2,5 et 4,5 millions de tonnes par an. À titre de comparaison, le Maroc a produit environ 36 millions de tonnes en 2025 selon l'USGS. Les exportations de mines, phosphates et dérivés ont reculé de 19 % au premier semestre 2026, alors que l'ensemble des exportations tunisiennes progressait de 9 %.
Le plan de la CPG
La Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) vise 9,4 millions de tonnes de phosphate marchand à l'horizon 2035, pour un coût estimé à 2 700 millions de dinars, avec des jalons à 4,5 millions de tonnes en 2026 et 5 millions en 2028. Atteindre 4,5 millions cette année supposerait de produire environ 2,8 millions de tonnes au second semestre, soit près de 60 % de plus qu'au premier : un objectif difficile.
Des obstacles bien identifiés
La CPG cite des problèmes de transport et un manque d'eau pour le lavage du phosphate. Sur le plan social, le travail a été suspendu le 13 mai dans plusieurs districts à la suite de protestations sur les primes. En aval, le Groupe chimique tunisien (GCT) dépend d'intrants importés, comme le soufre et l'ammoniac ; son taux d'activité ne dépassait pas 40 % en mars 2026, en raison de la baisse des approvisionnements, de la crise de liquidité, de la vétusté des équipements et des pannes.
Les leviers évoqués
Le ministre a mis en avant la coordination entre acteurs, le développement de la recherche et de l'exploitation, l'ouverture aux investisseurs tunisiens et étrangers avec la mise à disposition de données géologiques numériques, la complémentarité public-privé et l'échange d'expertise avec les pays africains et arabes. Il a aussi plaidé pour renforcer les chaînes de valeur locales afin de réduire la dépendance aux intrants importés. Aucune annonce concrète n'a toutefois été faite pour le secteur à l'occasion du forum.
Un enjeu pour les finances publiques
Le phosphate fut longtemps un pilier des exportations et des recettes en devises. Dans un contexte de budget 2027 marqué par un déficit élevé, relancer la filière représenterait un gain potentiel important, à condition de résoudre les blocages logistiques, sociaux et financiers qui entravent le secteur depuis plus d'une décennie.