Ecrit Par Maglor — Le roi d'Espagne Felipe VI se rendra à Ceuta le 13 octobre, puis à Melilla le lendemain, accompagné de la reine Letizia. Un déplacement inédit depuis son accession au trône en 2014, qui intervient dans un contexte migratoire et diplomatique très sensible entre Madrid et Rabat.
Une première depuis 2014
Aucune visite royale n'avait eu lieu dans les deux enclaves depuis celle de Juan Carlos Ier en novembre 2007, qui avait provoqué une vive tension avec le Maroc et le rappel temporaire de son ambassadeur à Madrid. Le Maroc revendique de longue date la souveraineté sur Ceuta et Melilla, qu'il considère comme des vestiges de la période coloniale.
Un contexte migratoire explosif
Le déplacement survient après l'afflux massif de migrants à Ceuta à la fin juillet 2026, une crise qui a mis les autorités espagnoles sous pression. Si une grande partie des personnes sont depuis retournées au Maroc, plusieurs milliers sont restées dans l'enclave, où les tensions quotidiennes se multiplient. Début octobre, les autorités espagnoles ont de nouveau évacué un campement installé sur la plage d'El Trampolín, tandis que près de 900 migrants sont repartis vers le Maroc.
Felipe VI avait lui-même qualifié la situation auprès de ses homologues européens d'intrusion inacceptable, appelant à une coopération renforcée aux frontières de l'Union. Madrid inscrit donc la visite dans une logique de souveraineté et de responsabilité européenne partagée.
Un enjeu de politique intérieure espagnole
Le calendrier n'est pas neutre. À l'approche des élections législatives de 2027, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez est attaqué par la droite sur sa gestion de l'immigration. Les médias évoquent même un scénario d'élections anticipées après plusieurs revers parlementaires. La présence du roi dans les enclaves offre un signal fort de fermeté, mais elle peut aussi compliquer la relation avec un partenaire que Madrid ne peut se permettre de froisser.
Le Maroc, partenaire incontournable
Depuis le tournant de 2022, quand l'Espagne a soutenu le plan d'autonomie marocain pour le Sahara, les relations entre les deux voisins se sont nettement améliorées. La coopération en matière de contrôle migratoire, de sécurité, d'énergie et d'échanges commerciaux est devenue centrale : l'Espagne est un des tout premiers partenaires commerciaux du royaume. Une crispation durable aurait donc un coût économique et sécuritaire réel pour les deux pays.
Ce qu'il faut surveiller
Rabat a l'habitude de calibrer ses réactions : une réponse mesurée, centrée sur des déclarations officielles, reste plausible, mais le contexte migratoire rend toute escalade plus risquée. Les prochains jours diront si la visite sera traitée comme un événement protocolaire ou comme un nouveau point de friction.
Pour les Marocains installés en Espagne et en France, qui suivent de près l'évolution de ce dossier, l'enjeu est concret : la qualité de la relation entre Madrid et Rabat conditionne la mobilité, les liaisons maritimes et la coopération consulaire.